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Irremplaçabilité par An'do Tissier

Contournant l’architecture cotonneuse des nuages, un soleil timide éclabousse la campagne berrichonne et s’invite à travers les fenêtres de l’atelier d’An’Do Tissier. Sa lumière ricoche sur la surface diaphane de ses silhouettes. Leur peau en papier devient un albâtre aux miroitements éclatants. 



Initialement apposée sur une terre modelé, cette enveloppe est constituée par le papier dont les restaurateurs se servent pour soigner les manuscrits abîmés par l’action parfois prédatrice du temps et des vicissitudes qu’il lui arrive de charrier. Le matériau devient le symbole de la fonction que la plasticienne assigne à l’art. Suivant la phrase de Francis Ponge qu’An’Do Tisser élève depuis des années en véritable credo, « l’artiste doit prendre en réparation le monde, par fragments, comme il lui vient ». 


Prendre en réparation un monde, celui des hommes, qui, bien des fois, dysfonctionne. Car les Irremplaçables ne se contentent d’être beaux. Ils rendent visibles ceux que l’indifférence condamne au silence : les réfugiés et à travers eux tous ceux que le Centre repousse à la marge. 


Inspirés par les portraits illustrant les campagnes d’Amnesty International, les visages de ses sculptures aériennes agissent comme autant de révélations imprimant dans le cœur du spectateur une trace indélébile. Pour l’artiste, chaque visage est une source d’émotion que son talent parvient à transformer en œuvre d’art. 


La série des Irremplaçables, dont le titre sonne comme un écho de celui de l’ouvrage de la psychanalyste Cynthia Fleury, est une métaphore visuelle du concept de vulnérabilité que le philosophe Emmanuel Levinas définissait justement comme « le fait pour l’être de se vider de son être ».  Elle exprime avec la puissance de la douceur l’irréductibilité de celui qu’on appelle l’Autre. Chacun des faces à faces est le théâtre de la rencontre véritable avec celui que l’antique thaumaturge nommait le prochain et que d’obscurs contemporains se plairaient à renvoyer dans les lointains.  




Transporté quelque part à mi-chemin entre la tranquillité de belles formes qui semblent flotter dans l’espace et l’intranquillité du message dont elles sont porteuses, le spectateur ne ressort pas indemne de cette expérience, l’artiste non plus d’ailleurs. 

Cette série, existentielle au sens le plus propre du terme, ne pose pas la question de la responsabilité, dans ce monde et pour ce monde, mais nous pousse à se la poser comme le fît en son temps Dostoïevski écrivant dans Les Frères Karamazov que « chacun de nous est coupable devant tous pour tous et pour tout, et moi plus que les autres ». 


Intégralité du texte est à retrouver sur le site : Pointcontemporain.com

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41 avenue Paul Doumer, Paris, France

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